LE POINT D´IRONIE

Misons sur la confusion que ce titre peut aujourd´hui engendrer, puisque mis en vogue pour ne pas dire mis à la mode par Agnès b.

LE POINT D`IRONIE – Llys Dana Productions. 1978-1982. 10 numéros publiés. Tirage : 100 exemplaires signés et numérotés réunissant pour la plupart des travaux originaux et autres multiples livrés cent par cent à la rédaction. Cela à l´exception des numéros 2 et 4 (tirage offset 100 exemplaires), du numéro 7, catalogue d´un mail art show (environ 400 contributions), et d´un numéro double inclus in Le Sphinx n°12-13. Tirage 500 exemplaires, une mouvance en cousu main ne négligeant ni les échanges de presse ni les rubriques du même nom. Nombre de participants suivant les livraisons : de cinq à soixante. Il peut être consulté dans les archives suivantes : The Ruth and Marvin Sackner Archive of Concrete and Visual Poetry, Small Press and Communication, Collections Jean Brown et Dick Higgins au Paul Getty Museum, à la Fundacâo Serralves, et à l´Institut Charles Nodier, etc.

LE POINT D´IRONIE – Agnès b. 1997. A ce jour, 34 numéros publiés. Tirage : 100.000 à 300.000 exemplaires, distribués gratuitement dans des lieux choisis. Je cite : « à lire ou pas, puis à balancer ou à archiver, destiné à paraître et à disparaître, tract, affiche, œuvre à encadrer ou papier d´emballage » (un artiste par exemplaire) pour vos cadeaux surtout si vous les achetez dans les boutiques Agnès b. Très tendance. Prêt à porter et à distribuer. A consulter partout dans le monde et principalement dans les boutiques ci-nommées. « Ce POINT D´IRONIE est issu d´une discussion entre Agnès b., Christian Boltanski et Hans-Ulrich Obrist ». Mais qui est Hans-Ulrich Obrist ?

1978 pour l´un, 1997 pour l´autre, un titre, deux dates et tout pour les différencier. Ces deux attitudes à pratiquement vingt ans de différence ne sont-elles pas symptomatiques de l´évolution de l´art qui différencie aujourd´hui l´art de sa pratique qui, elle, fait son marché ? Un point, un logo ,un coup de pub, un manifeste où se publie ce qui a déjà trop publié, où se finance ce qui a trop vendu… sans risque toutes tendances confondues, toutes influences conjuguées. D´un POINT D´IRONIE à l´autre, ce signe de ponctuation mériterait grammaticalement d´être à nouveau utilisé. Mais enfin qui est qui ?

Les présentations n´ont jamais été faites et ne le seront sans doute jamais, même si ces deux POINTS se côtoient dans certaines archives et qu´une exposition du POINT D´IRONIE, revue francaise, en exclut son pendant. Ni l´un ni l´autre pourtant ne craignent la confrontation. Ils agissent comme deux planètes de densité ou de masse inégales, donc sur deux orbites différentes. L´une pouvant être la courbe occulte de l´autre. Ironie du sort, possession et dépossession : un POINT en décollage, un POINT en décalage.

L´espace artistique est converti en espace culturel, par conséquent politique, passé entre les mains des fonctionnaires de l´art, historiens et critiques d´art, commissaires d´expositions, pour le fin du fin et l´exclusif : « les faiseurs d´art ». Carnets d´adresses à l´appui, conversations de salon, tout est affaire de prestige, tout est affaire de classe et tant mieux si cela suffit, et si de cela sort une nouvelle publication, un nouvel espace à gérer, que surtout celui-ci ne semble rien coûter à personne. Le point de décalage serait un signe à ajouter à la ponctuation. Celle-ci, reprise à zéro, nous conduit au Point Poésie… puisque c´est une poétique de l´espace qui définit LE POINT D`IRONIE. Mais jusqu´à quel point ?


Point par point donc. D´abord ce POINT en décalage, agissant au sens d´une redisposition de l´espace et du regard dans le jeu de ses présentations. Farde, enveloppe, cartonnage, sac plastique, un lieu public saississant à peu près tout ce qui passe à sa portée, cahier d´écriture, graphies d´un langage ludique. Une affaire de langage, un état de langage, aucunement une affaire d´état. Le POINT en décollage, « ni affiche, ni journal », va dans le sens d´une occupation de l´espace, non plus lieu public mais art en place publique.

Originaux et multiples assemblés puis redistribués – l´original fait force de décision et valeur de témoignage – à un travail de reproduction et de distribution – la reproduction ayant une influence et une valeur de spectacle. L´impression est polie, le langage est terni, ou bien serait-ce le contraire ? Le point de double ironie resterait à créer.

Mais de quel POINT voulons-nous parler maintenant et surtout quel point encore aborder ?

Llys Dana Productions

(Who the fuck is Llys Dana ?)


Sources citées :

Programme de l´Institut Charles Nodier à Ljubljana, janvier 2004.
Site LE POINT D´IRONIE, Agnès b.